Infogreffe, le GIE des greffiers des tribunaux de commerce qui diffuse l’information légale sur les entreprises françaises, a confirmé le 12 octobre un incident de cybersécurité. Il le situe sur l’environnement technique d’une plateforme encore en développement. Deux jours plus tôt, le groupe LunarisSec revendiquait sur un forum cybercriminel une « compromission complète » du site et 3 708 531 lignes de données.
Ce qu’Infogreffe confirme
Dans sa communication, publiée sur LinkedIn et reprise par plusieurs médias, Infogreffe indique :
- que l’incident touche une plateforme digitale en cours de développement, et non ses services en production ;
- qu’aucun impact n’a été identifié, à ce stade, sur l’activité des greffes ;
- que les éléments analysés contiennent essentiellement des informations techniques, sans donnée métier des greffes ni mot de passe utilisateur ;
- qu’une cellule de crise a été déclenchée avec des experts en cybersécurité, et que l’enquête se poursuit pour établir le périmètre exact.
L’organisme ne donne ni volume de données, ni nombre de personnes concernées, ni date de l’intrusion, ni origine de l’incident.
Ce que revendique LunarisSec
La publication du groupe énumère des noms d’utilisateur, des mots de passe, des adresses e-mail, des adresses IP, des identifiants SMTP d’administration et une clé secrète. Elle mentionne aussi Keycloak, une API de paiement et des paramètres d’accès liés au registre des sûretés mobilières. ZATAZ souligne que le chiffre « 3,7M » n’est accompagné d’aucune unité : rien ne dit s’il s’agit de personnes, de comptes ou de simples lignes de journaux.
Cyberattaque.org a examiné les captures fournies comme preuves. On y voit des paramètres de connexion à une base PostgreSQL, sans preuve que le mot de passe soit valide, et des journaux d’authentification d’une application bâtie sur la plateforme Joget, avec des comptes et des adresses e-mail. Fuites Infos, qui a analysé un échantillon, y a relevé 244 adresses e-mail distinctes, des adresses IP et des horodatages de tentatives de connexion entre fin juillet et le 10 octobre, mais aucune valeur de mot de passe.
| Élément | Statut |
|---|---|
| Incident sur une plateforme en développement | Confirmé par Infogreffe |
| E-mails, IP et journaux de connexion dans l’échantillon | Constaté par des médias spécialisés |
| 3 708 531 lignes | Revendiqué, non vérifié |
| Mots de passe, clés secrètes, accès complet | Revendiqué, contesté par Infogreffe pour les mots de passe |
Pourquoi il faut rester prudent
Les deux versions ne se contredisent pas forcément : un environnement de développement peut contenir de vraies adresses e-mail et de vrais secrets techniques, même si les services en production ne sont pas touchés. Tant que l’enquête n’est pas terminée, ni l’ampleur annoncée par les pirates ni le caractère « mineur » de l’incident ne peuvent être tenus pour acquis.
Ce n’est pas la première fois que la sécurité d’Infogreffe est mise en cause. En 2022, la CNIL lui avait infligé une amende de 250 000 euros, notamment parce que les mots de passe des comptes étaient stockés et envoyés en clair et que les données de comptes inactifs étaient conservées trop longtemps.
Les adresses e-mail d’utilisateurs d’Infogreffe, en grande partie des professionnels, sont une cible idéale pour des faux messages de greffe : demande de paiement d’un acte, mise en demeure, mise à jour d’un dossier. Ne payez et ne vous connectez qu’en passant directement par le site officiel.
Que faire si vous avez un compte Infogreffe
- Changez votre mot de passe Infogreffe et, s’il servait ailleurs, sur les autres services.
- Méfiez-vous des e-mails ou SMS qui se réclament d’Infogreffe ou d’un greffe et contiennent un lien ou une demande de paiement.
- En cas de tentative d’escroquerie, cybermalveillance.gouv.fr propose un accompagnement aux victimes.