Le groupe d’extorsion ShinyHunters affirme avoir dérobé plus de 429 000 documents au Conseil de l’Europe, l’organisation de défense des droits humains basée à Strasbourg. Le lot contiendrait notamment des fiches de paie et des dossiers du personnel. Interrogé par BleepingComputer, le Conseil indique enquêter et évaluer la situation, sans confirmer de fuite à ce stade.
Ce que revendique ShinyHunters
Toutes les informations ci-dessous proviennent du groupe lui-même et n’ont pas été vérifiées :
- plus de 429 000 documents issus de plusieurs services de l’institution ;
- plus de 409 000 fiches de paie concernant plus de 10 000 agents, de 2011 à 2026 ;
- plus de 3 700 dossiers du personnel et plus de 14 000 CV ;
- des données décrites comme comprenant noms, dates de naissance, adresses personnelles, téléphones, matricules, salaires, coordonnées bancaires, informations fiscales et de sécurité sociale, ainsi que des dossiers médicaux.
Les chiffres annoncés ne sont pas entièrement cohérents entre eux : le total de documents et le nombre de fiches de paie laissent peu de place aux autres catégories citées. C’est un indice de plus qu’il faut attendre une vérification indépendante.
La réaction du Conseil de l’Europe
L’institution s’est limitée à indiquer qu’elle examinait l’affaire et qu’elle n’avait pas d’autre commentaire à faire. Elle n’a ni confirmé ni démenti l’intrusion, et rien n’a été communiqué sur un éventuel vecteur d’attaque.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| Week-end des 13-14 juin | ShinyHunters ajoute le Conseil de l’Europe à son site de fuite |
| 15 juin | Le Conseil déclare enquêter (BleepingComputer) |
| 16 juin | Date limite fixée par le groupe avant publication des données |
Un mode opératoire connu
ShinyHunters pratique l’extorsion sans chiffrement : le groupe vole des données, publie le nom de la victime puis menace de tout diffuser si elle ne prend pas contact. Il a déjà revendiqué des attaques contre des centaines de clients de Salesforce, des clients de Snowflake et, plus récemment, une vague de plus de 100 organisations via une faille zero-day d’Oracle PeopleSoft. Rien, à ce stade, ne relie publiquement l’une de ces campagnes au Conseil de l’Europe.
Pourquoi des fiches de paie sont des données sensibles
Une fiche de paie concentre en un seul document l’identité, l’adresse, le matricule, le salaire et souvent les coordonnées bancaires d’une personne. Pour un escroc, c’est un kit complet : il peut se faire passer pour le service RH, pour la banque ou pour un organisme fiscal en citant des détails exacts, ce qui rend la fraude beaucoup plus convaincante. Si les dossiers médicaux revendiqués étaient authentiques, l’exposition toucherait en plus des données de santé, parmi les plus protégées par le RGPD.
Si vous travaillez ou avez travaillé pour le Conseil de l’Europe, attendez-vous à des tentatives d’hameçonnage exploitant cette revendication (faux message RH, fausse régularisation de salaire, faux formulaire bancaire). Ne communiquez aucune coordonnée bancaire sans vérification par un canal officiel.
Que faire si vous êtes concerné
- Surveillez vos comptes bancaires : des coordonnées bancaires figureraient dans les fiches de paie revendiquées.
- Méfiez-vous des appels ou emails qui citent votre salaire ou votre matricule pour paraître crédibles.
- Suivez les communications officielles de l’institution plutôt que les annonces du groupe.